vendredi 17 février 2012

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Il est impossible de passer son chemin, regarder ailleurs, marcher sur un corps, aller à contre-sens, ne pas tendre la main, manger sans partager, se détacher de tout, dormir dans le chaos.

jeudi 16 février 2012

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C’est un plan assez long, une dizaine de minutes. C’est un acteur. Il est de face, juste le visage. Ses cheveux sont blonds et gris et blancs. Il a la quarantaine, il ne joue pas souvent. Ses traits se sont émaciés, ses yeux se sont incrustés dans les plis. Là, il incarne un homme déchu, perdu, abandonné des siens. C’est la fin du film. Il est traversé par la caméra. Arrimé à ses rêves défaits, les expressions courent, s’accrochent sur des détails infimes, des morceaux de vie. Il sourit et il pleure, et beaucoup plus. La morve coule, les larmes sont retenues dans les cils et le visage se retranche un temps dans le profil et revient frontal. Le regard se perd loin et proche. Les cheveux deviennent le fleuve, vert et jaune.

mercredi 15 février 2012

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des visiteurs posent au milieu des sculptures. des enfants montent à califourchon sur le bélier de pierre et échappent aux regards.
l'incongrue dans un jardin pauvre, classique, sans aucune perversité.

mardi 14 février 2012

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Ils conversaient tranquillement dans le brouhaha de la circulation. Elle se penchait vers lui de temps en temps, esquissait un sourire en caressant son cou qu’elle avait très fin. Totalement absorbé par ce qu’il avait à lui dire, il ne vérifiait pas réellement ses réactions, si elles étaient appropriées ou dissonantes. 
Le garçon de café s’avança respectueusement pour encaisser la note et les regarda interrogateur. Elle lui fit un léger signe de la main et chercha tout en douceur dans son sac. Son convive continuait son récit de plus en plus haletant. La jeune femme tendit l’appoint et souriait de nouveau à son ami.
Ils restèrent une heure. Elle parlait à peine, le relançait plutôt. Il riait, excité de la fin qu’il allait enfin pouvoir dévoiler. Le bruit autour s’intensifia. Je faillis obtenir une chaise près de leur table mais me la fis rafler par un autre aussitôt. Je me contentais donc de les contempler à satiété comme dans un film muet.

dimanche 12 février 2012

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vague vent houle
à bordure de route
champs libres vacants
valise ouverte et vide
ressentiment d'absence
vertige à la fois et tout.

samedi 11 février 2012

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Ce soir-là, elle tua son amant, enfourna l’argent dans un sac et alla se cacher dans la maison du bois. Elle crut geler sur place, le poêle ne marchait plus. Le matin, elle chercha du petit-bois qu’elle fit sécher au soleil et elle avec. Elle avait oublié le manger. Elle avait surtout très soif. Elle tint deux jours et partit comme elle l’avait échafaudée. Elle marcha cinq jours toujours dans la même direction, elle attrapait des racines qu’elle suçait longtemps. Elle arriva à un étang, elle but sans réfléchir. L’eau glacée lui fit du bien. Elle portait les mêmes vêtements depuis le début, elle puait. Son fric ne lui servait à rien. Insensée ! Elle longea l’étang et trouva enfin à la tombée du jour une barque. Elle rama toute la nuit plus pour se réchauffer.
On la trouva endormie le lendemain après-midi, le sac en guise d’oreiller, toujours dans la barque. Elle avait dérivé près de la retenue. Le bruit de l’eau devait la bercer. Elle était très belle.

vendredi 10 février 2012

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La rage s’est installée de suite. Elle a envahi l’espace, le temps, le futur aussi, ne plus envisager l’après. Elle l’a secoué dans ses nuits jusqu’à le sortir du sommeil, trempé de sueur, haletant. Exaspéré par tous, des objectifs inatteignables, la vue qui se trouble de plus en plus tôt, la tête serrée. Et puis, elle l’a poussé sous un train le matin avant d’aller travailler. Il y a eu des cris, rien de plus.